mardi 1 avril 2008

L'AMF confirme ses soupçons de délit d'initié chez EADS

L'Autorité des marchés financiers (AMF) a notifié des griefs, mardi 1er avril, à plusieurs dirigeants d'EADS dans le cadre de l'affaire de délits d'initiés présumés, confirmant ainsi des informations avancées par Les Echos.Réuni lundi, le collège du gendarme de la Bourse "a estimé nécessaire de notifier des griefs, d'une part pour manquement aux obligations de bonne information du marché pesant sur tout émetteur d'un titre coté sur un marché réglementé, d'autre part pour manquement à l'obligation d'abstention d'intervention sur le marché du titre pesant sur les personnes détenant une information privilégiée".Les personnes incriminées vont recevoir dans les jours à venir des lettres de notification, et encourent jusqu'à 1,5 million d'euros d'amende ou dix fois le profit réalisé lors des opérations frauduleuses.Elles encourent également des sanctions pénales. Le dossier de l'AMF va être transmis au parquet de Paris, qui a ouvert une information judiciaire dès novembre 2006.
EADS se défendra vigoureusement
EADS a d'ores et déjà affirmé qu'il allait "exercer vigoureusement son droit de défense". Louis Gallois, qui n'est pas concerné par l'enquête puisqu'il n'est arrivé chez EADS qu'en juillet 2006, a précisé que le groupe d'aéronautique et de défense apporterait "son soutien aux dirigeants dans leur défense", et qu'EADS avait observé "les standards d'excellence en matière de communication au marché".Le groupe d'aéronautique et de défense a estimé que le risque financier associé à la procédure engagée par l'AMF n'était "pas significatif", tout en estimant que cette procédure pouvait avoir "des conséquences dommageables pour son image et sa réputation".Dans un courrier interne, Louis Gallois a appelé les salariés à "garder le cap", en prévenant que l'entreprise allait être soumise à une "pression" qui risque de durer des années. "Nous devrons gérer cette pression en veillant à ce que cela crée le moins de préjudice possible à l'entreprise", ce qui veut dire "garder notre calme, être patients, rester solidaires et, pendant cette période difficile, maintenir le cap des progrès d'EADS." Il vante la reprise en main de certains programmes par le groupe récemment, comme l'A380 ou l'A400M.
Lagardère pas épinglé sur l'A380 ?
Dévoilé en octobre par Le Figaro, le pré-rapport de l'AMF épinglait 21 dirigeants, dont Tom Enders, l'actuel président d'Airbus, et Arnaud Lagardère. Au final, selon Les Echos, 17 dirigeants devraient se voir notifier des griefs.Dans sa première édition, le quotidien indiquait qu'Arnaud Lagardère serait blanchi, précision qui a disparu des éditions suivantes.Le groupe Lagardère a lui indiqué que l'AMF n'avait formulé aucun grief contre lui sur la question des retards de l'A380. "Selon des informations, le groupe Lagardère serait concerné d'une part par une divergence entre le plan d'exploitation à trois ans d'EADS et le consensus des analystes pour la même période, et d'autre part par le retard dans l'annonce de la redéfinition de l'A350", a-t-il ajouté.
Un fort enjeu diplomatique et économique
Les soupçons de délits d'initiés portent sur des ventes massives de titres par les principaux dirigeants et actionnaires privés d'EADS entre novembre 2005 et mars 2006, avant l'annonce de nouveaux retards du programme de l'avion géant A380, qui avait fait plonger le titre en Bourse.Ce dossier a un fort enjeu économique et diplomatique. En effet, EADS, associé à l'américain Northrop Grumman, vient de remporter le méga-contrat des avions ravitailleurs de l'armée de l'air américaine, d'un montant de quelque 35 milliards de dollars. Une victoire contestée par son concurrent Boeing.Un analyste du CM-CIC a estimé, sous couvert d'anonymat, que l'affaire ne devrait pas conduire à une "décapitation" du groupe en raison de condamnations lourdes, mais allait néanmoins focaliser l'attention sur la direction du groupe au détriment de son activité industrielle. Le directeur financier d'EADS, Hans-Peter Ring, risque selon lui d'être mis en position "critique" par les accusations de mauvaise communication.

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