Nicolas Sarkozy a convoqué, mardi 30 septembre, à partir de 10 h 30, à l'Elysée, les dirigeants des principales banques et assureurs de la place - Henri de Castries (Axa), Baudouin Prot (BNP Paribas), Frédéric Oudéa (Société générale), Philippe Dupont (Banques populaires) etc. -, en présence du premier ministre François Fillon et du gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer. Objectif, rassurer les Français, alors que le tsunami financier a commencé à attaquer les banques européennes pendant le week-end et fait chuter les valeurs financières à la Bourse de Paris, lundi 29 septembre.
L'urgent, c'est de rasssurer les épargnants, éviter que ne se forment des files aux guichets des banques, comme l'ont connu les britanniques, il y a un an, avec la faillite de Northern Rock. Le discours de Nicolas Sarkozy à Toulon, jeudi 25 septembre, était censé apaiser les Français, en leur tenant un langage de vérité. En réalité, il les a aussi inquiétés. "En affirmant d'emblée que tous les dépôts seraient garantis par l'Etat, le président de la République a laissé libre cours aux spéculations. Cela a eu un effet anxiogène", observe un proche des autorités de tutelle.
L'un des objectifs de la rencontre de mardi est de faire un point sur l'évolution du crédit. L'Elysée note que la crise ne s'est pas encore propagée aux entreprises non financières, comme l'atteste leur résistance en Bourse. Mais il faut éviter qu'elles ne soient mises en difficultés en raison d'une restriction du crédit bancaire. "Nous ne voyons pas comment il peut ne pas y avoir de restriction du crédit, même si les banques disent le contraire", explique-t-on à l'Elysée.
Nicolas Sarkozy a évoqué à Toulon un arsenal de mesures (cautions, garanties...) pour éviter que les entreprises ne souffrent d'un crédit crunch. Quant aux particuliers, ils vont encaisser la hausse du loyer de l'argent, ce qui réduira leur capacité d'emprunt immobilier, voire renchérira leurs mensualités pour la minorité de ménages endettée à taux variable.
Pour ne pas asphyxier l'économie, le chef de l'Etat devait donc encourager les banques à laisser ouverts les robinets du crédit.
ASSOUPLIR LES NORMES
L'enjeu, mardi, n'était pas tellement de connaître l'exposition des groupes français aux risques liés à la crise. "Nous n'en sommes plus là, explique un conseiller de l'Elysée, mais face à une défiance pure et simple qui touche les établissements les plus fragiles". Pour les pouvoirs publics, il faut sortir du cercle infernal baisse des cours de Bourse, hausse des coûts de refinancement, baisse de la confiance et crise de liquidités. "Rétablir la confiance, voilà la clé, l'urgence !, confirmait un banquier lundi soir, la crise prend des proportions si folles que nous ne savons pas comment nous allons passer la journée du lendemain".
Enfin, Nicolas Sarkozy souhaitait valider auprès des professionnels ses propositions de réforme de la régulation. Il a demandé à la Commission européenne de permettre aux banques d'évaluer leurs actifs non pas au prix de marché - soit "à la casse" -, comme l'imposent les règles, mais à une valeur liée à leur durée de détention. Un actif conservé plusieurs années vaut plus que s'il doit être cédé demain. Les Français se sentent soutenus par le feu vert du Conseil des superviseurs bancaires européens. Là aussi, l'urgence est de mise, l'idée étant d'obtenir un assouplissement des normes en octobre, pour faciliter l'arrêté des comptes du troisième trimestre.
Arnaud Leparmentier et Anne Michel ( Le monde )
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