
Ils sont tous les deux en lice pour l’investiture démocrate: l’un est noir, l’autre est une femme. Mais au-delà de ce qui constitue déjà une mini-révolution, en quoi les candidatures de Clinton et d’Obama sont-ils différentes?
Ils appartiennent à la même famille: les démocrates. Mais, au fil des débats, Barack Obama et Hillary Clinton cultivent les différences, minimes pour certaines, entre leurs candidatures respectives.
SECURITE SOCIALE
Tous deux souhaitent créer une couverture sociale étendue à tous (ou presque), de qualité et abordable… Dans les deux cas, les individus doivent avoir le choix entre différentes couvertures privées et une couverture publique, dans la mesure où ces options sont abordables. Mais la façon d’y parvenir est différente.
Le plan Clinton implique que tous souscrivent cette couverture médicale, par obligation. Il implique que les assureurs privés acceptent de couvrir n’importe qui, quel que soit son passé médical, et qu’ils n’augmentent pas leurs tarifs si un souscripteur a déjà eu des problèmes de santé. Les familles aux revenus les plus faibles pourront recevoir des aides et le coût ne devra pas dépasser un certain pourcentage de leurs revenus.
Le plan Obama, sur une base volontaire, se limite à une obligation pour les enfants. Les moins de 25 ans peuvent bénéficier de la couverture sociale de leurs parents. Il prévoit une assurance maladie pour ceux qui n’en disposent pas via leur employeur ou que les programmes fédéraux refusent. Les employeurs qui ne fourniront pas de couverture médicale devront payer une contribution au financement du programme national.
Chacun accuse l’autre de déformer ses propos en la matière. "Le sénateur Obama a dit constamment que j'obligerai les gens à souscrire une assurance maladie qu'ils puissent se le permettre ou non. Ce n'est pas vrai", a dit Clinton. La sénatrice de New York affirme que mon plan d'assurance maladie laisserait 15 millions de personnes sur le carreau "je conteste cela. Je pense que ce n'est pas fondé", a dit Obama.
Outre la question de l’efficacité des deux plans, une autre se pose dans le débat: le coût. Selon CNN, le plan Clinton coûterait 110 milliards de dollars par an. Celui d’Obama coûterait 50 à 65 milliards de dollars. Tous deux comptent le financer en supprimant les cadeaux fiscaux accordés par l’administration Bush, et en améliorant l’efficacité du système de santé.
Mais un autre calcul a été réalisé par Jonathan Gruber, un économiste du MIT spécialiste de la sécurité sociale: le plan Obama couvrirait 23 millions de personnes supplémentaires pour 102 milliards de dollars par an, le plan Clinton couvrirait 45 millions de personnes supplémentaires pour 124 milliards de dollars par an. Soit: le plan Obama coûterait 4 400 dollars par nouvel assuré, contre 2700 dollars pour le plan Clinton.
ALENA
L'Accord de libre-échange nord-américain (Etats-Unis, Mexique, Canada) est devenu le mistigri de l'affrontement entre Obama et Clinton. "On ne peut pas continuer à adopter des accords commerciaux comme l'Alena, qui donnent la priorité aux intérêts privés sur ceux des travailleurs", a déclaré dimanche Obama, parti à la conquête du vote ouvrier, d’ordinaire plus favorables à Clinton.
Le débat est très sensible en Ohio, en pleine "rust-belt". Selon un rapport récent de l'association de défense du secteur manufacturier (AMTAC), le libre-échange aurait fait perdre à l'Ohio 23,3% de ses emplois manufacturiers entre 2000 et 2007.
Obama, qui se dit généralement favorable au libre-échange, a promis une "Loi des employeurs patriotes" pour pénaliser les délocalisations. Il promet que les accords de libre-échanges seraient assortis de strictes conditions et "de protections pour notre environnement et pour les travailleurs américains".
Clinton pour sa part a plusieurs fait valoir qu'il faudrait "améliorer" l'Alena, et elle a promis de "revoir systématiquement tous les accords commerciaux pour vérifier qu'ils sont bénéfiques pour les travailleurs américains". Elle veut soumettre tous les accords commerciaux à une révision quinquennale.
Sur ce thème, le passé d’Hillary Clinton ressurgit… Obama lui reproche de tout fait aujourd’hui "pour se distancer de l’Alena" que "son mari a fait ratifier". Clinton avait néanmoins bien qualifié de "succès" de la présidence Clinton la ratification de l'Alena en 1993, dans son autobiographie "Mon Histoire".
POLITIQUE ETRANGERE
Sur ce thème, les deux prétendants s’attaquent sur le terrain de l’expérience. "Avec moi, ce n'est pas que de la théorie. Les Américains n'ont pas besoin de se demander si je comprends les problèmes, si j'ai besoin d'un mode d'emploi pour savoir quoi faire en cas de crise", a dit Clinton dans un discours consacré à la politique étrangère. Elle estime que ses arguments seraient donc plus solides que ceux d’Obama face au républicain John McCain.
Autre thème sensible: la guerre en Irak. Barack Obama a rappelé qu’il avait dit "très clairement qu’il ne fallait pas engager la guerre en Irak", même s’il ne siégeait pas encore au Sénat lors de cette décision. Il a insisté sur le fait que Clinton, en 2002, avait voté en faveur de l’entrée en guerre. "Les faits ont montré qu’elle était prête à céder à George W. Bush dès le premier jour sur un sujet critique".
Concernant la guerre contre le terrorisme, Obama a déclaré l’an dernier qu'il faudrait, le cas échéant, bombarder des cibles d'Al-Qaeda au Pakistan même sans l'aval d'Islamabad si ce pays ne faisait pas sa part contre le réseau terroriste. Pour Hillary Clinton, il s’agirait d’actions "militaires unilatérales irréfléchies". Elle met aussi en doute les qualités requises pour être "commandant en chef" des forces armées de son rival Barack Obama.
Clinton a aussi reproché à Obama de vouloir "rencontrer certains des pires dictateurs du monde sans conditions préalables". Clinton, elle, exclut d’ores et déjà d’inscrire "sur l'agenda présidentiel des rencontres avec les dirigeants d'Iran, de Corée du Nord, du Venezuela ou de Cuba sans conditions préalables". "Cela minerait nos capacités à prendre des mesures à l'encontre de ces dirigeants".
Obama reproche à Clinton sa proximité avec les "faucons néo-conservateurs" sur ce sujet. Il avait déjà affirmé que les Etats-Unis ne devaient pas avoir peur de parler avec leurs ennemis, puis expliqué que ces contacts au niveau présidentiel devaient être minutieusement préparés. A l’occasion de l’élection de Raul Castro à la tête de Cuba, dimanche, il a réaffirmé que "les Etats-Unis ne doivent pas seulement parler avec leurs amis mais aussi avec leurs ennemis", sans pour autant "normaliser nos relations" pour le moment.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire