mardi 30 septembre 2008

Non au plan Paulson. et le Krash boursier !!!

ANALYSE. • Sept pour cent: c'est la facture cash du rejet du plan Paulson, mesurée sur l'indice Dow Jones en baisse hier. • Le S&P a perdu 8,8%, le Nasdaq 9,14%, tandis que l'indice de volatilité mesuré à Chicago a atteint son plus haut niveau historique. Les bourses asiatiques enchaînent ce matin avec des chutes de 5% en moyenne à l'ouverture. • Les marchés mondiaux vivent leur plus grande secousse depuis 1987.
«Sommes-nous en train d'entrer dans un krach républicain?», interrogeait un journaliste de CNBC lundi soir. Il faisait allusion au fait que les républicains de la Chambre des représentants ont refusé à deux contre un le mécanisme instituant un fonds de soutien de 700 milliards de dollars pour stabiliser les banques. Mais les choses ne sont pas si simples: il s'est aussi trouvé deux démocrates sur trois pour dire non, malgré l'engagement de leur leader Nancy Pelosi.

Dans le débat passionné des politiciens, à un mois des (ré)élections, le républicain du Wisconsin Paul Ryan a résumé le dilemme des représentants par cet éclat de sincérité: «Nous nous faisons tous du souci pour notre poste. La plupart d'entre nous disent: je veux que ce plan passe, mais je veux que vous votiez en sa faveur – pas moi!»Ressentiment populaireCar le ressentiment populaire contre Wall Street est immense, et il est politiquement très délicat – suicidaire, pensent certains – d'expliquer aux électeurs qu'on vole au secours des jongleurs déchus de la finance pour éviter plus de saisies hypothécaires, plus de crédits refusés ou de chômage demain.Dans les heures confuses qui ont suivi le refus – les représentants ont refusé par 228 voix contre 205 de débloquer les 700 milliards de dollars – on a tout de même été frappé par la différence de ton entre les deux candidats à la présidence. Très rapidement, Barack Obama a dit: «Je suis confiant que nous allons finir par sauver ce plan» et a souligné la nécessité de rassurer les marchés, un appel qu'on n'attendait pas forcément dans la bouche d'un démocrate.AutojustificationJohn McCain a mis une bonne heure de plus pour réagir. Au terme de sa déclaration empruntée, qui tenait surtout de l'autojustification, plaidant pour une approche non-partisane tout en rejetant la faute sur l'adversaire, on ne savait toujours pas ce qu'il pense vraiment. Depuis dix jours que la crise politique bout autour du plan Paulson, la question se pose avec une acuité croissante: John McCain dirige-t-il ses troupes, ou est-il dirigé par elles? Les républicains donnent l'impression de jouer à la roulette russe, avec un barillet chargé de cinq balles.Agir viteDans l'immédiat, les tractations vont sans doute reprendre pour sauver ce qui peut l'être. «Nous devons remettre sur pied quelque chose qui fonctionne», a déclaré devant les reporters le secrétaire d'Etat au Trésor Henry Paulson, la voix rauque d'épuisement. «Les familles aussi sentent les effets de la crise du crédit, tandis qu'il devient plus difficile d'obtenir un prêt pour une voiture ou des études». Henry Paulson a surtout insisté sur la nécessité d'agir vite. George Bush a annoncé une nouvelle déclaration pour ce mardi, mais l'effet des précédentes a été nul, sinon contre-productif, et le lobbying sans précédent du Congrès par la Maison-Blanche n'a pas eu plus d'effet.Tel est l'étonnant bras de fer qui se présente ce mardi matin entre des politiciens tétanisés par leur base en colère et des marchés au bord de la panique. Un gérant de fonds résumait ainsi l'enjeu à la télévision: «Si les politiciens ne bougent pas, les bourses vont les faire bouger!»Dominos bancairesDifficile, toutefois, de prévoir l'ampleur des mouvements. On observera d'abord que les marchés européens étaient déjà très négatifs lundi après-midi, alors que l'hypothèse dominante restait celle d'une acceptation du plan Paulson. Par ailleurs, les dominos bancaires continuent de tomber, mais pour l'instant, ils tombent en bon ordre, si l'on peut dire. Wachovia et Washington Mutual ont été digérées par d'autres, Fortis, B&B et Hypo Real Estate sauvés du pire par les autorités ou des consortiums bancaires. Les partisans de la ligne dure en tirent argument pour affirmer que le système doit se purger de lui-même et qu'une approche au cas par cas est préférable à celle du «pot commun» imaginée par le gouvernement américain, peu transparente et éventuellement gaspilleuse de deniers publics.En face, les partisans d'un signal fort soulignent le danger d'une asphyxie prolongée du marché interbancaire. Pour pallier au plus pressé lundi, les banques centrales ont irrigué le système de montants inouïs: plus de 600 milliards de dollars à court terme aux Etats-Unis. En ce moment, ce sont elles, et elles seules qui tiennent le système financier mondial sous perfusion. Le malade a-t-il les forces pour reprendre ses esprits sans un électrochoc? A cette heure, personne n'est capable de répondre à cette question.

Aucun commentaire: